INTRODUCTION

 

Dédiée à Martha. Julio.

D'une manière générale, par mes expériences, j'ai cherché a provoquer un comportement différent du spectateur. Cette recherche va de la simple sollicitation rétinienne (expérience sur le plan) a la réflexion comparative d'éléments de la réalité jeux enquêtes). Elle peut aller plus loin, au moyen d'un travail en équipe qui, inséré dans la réalité et par des expériences limitées, recherche avec le public les moyens de combattre la passivité, la dépendance ou le conditionnement idéologique, en développant les capacités de réflexion, de comparaison, d'analyse, de création, d'action. La présentation de mon travail dans les pages qui vont suivre obéit a une classification arbitraire, mais permet a ce panorama rétrospectif de s'organiser selon une succession de groupes cohérents.

Julio Le Parc

Julio Le Parc par Jean-Louis Pradel

Transparentes et mouvantes, les oeuvres de lumière cueillies au cœur du travail de Julio Le Parc invitent le visiteur à partager librement les éclats d'une fête visuelle ou ne manquent ni l'humour ni le brio. A partir d'une palette de programmes élémentaires, elles déclinent à plaisir, comme à I'infini, le plus large répertoire de formes, fussent-elles évanescentes...

Au royaume de l'instabilité, I'éphémère court après ses reflets ou ses projections. De Marcel Duchamp à Alexandre Calder, de Naum Gabo à Moholy-Nagy, le siècle tout entier, celui de la vitesse- lumière, de la dynamique perceptive ou de l'electro-optique, a préféré déserter les illusions de l'œuvre immuable pour laisser libre cours à son potentiel de transformations et de métamorphoses jusqu'à risquer parfois délibérément, sa disparition subite. L'œuvre n'est plus quelque chose qui attend d'être vue, mais quelque chose qui se fait, ou se défait sous nos yeux. Etincelante et branchée, aussi insoumise qu'insouciante avec l'insolente indépendance d'un événement nature!, elle se donne à qui veut s'éblouir ou s'aveugler...

Pas très convenables, ces "recherches visuelles". Voyez comme leur auteur répugne à utiliser le mot "art" ! Ce mécréant qui ne croît que ce qu'il voit veut à toute force réconcilier l'intention la plus claire avec la réalisation la plus efficace. Rien d'hermétique ou d 'ésotérique, mais quelques arrangements avec la lumière, I'espace, le temps et parfois la couleur. De ceux qui se laissent aisément partager à I ' image d'une vie d'artiste nonchalante et obstinée, pleine d'ironie et d' ingénuité, qui a toujours préféré, avec une énergie peu commune, I'engagement à la carrière.

Jean-Louis Pradel
Critique d'art, auteur d'une monographie sur Julio Le Parc (1996, ed. Severgnini, Milan)