J'ai toujours pensé que les oeuvres destinées à décorer
l'architecture étaient intéressantes si elles étaient
bien payées. Inutile de justifier ce " gagne-pain " par des
théories telles que " intégration des arts ", "
démocratisation de l'art " ou " I'art pour tous ". Je
n'ai jamais bénéficie de ce " gagne-pain ", mais j'ai
fait quelques expériences intéressantes. Par exemple, on me
demanda de, réaliser une oeuvre architecturale dans un centre commercial
moderne aux environs de Bruxelles. On me présenta les plans, je visitai
avec l'architecte un centre similaire déjà achevé, on
m'expliqua ce qu'on attendait de moi. Naïvement, I'idée m'est
venue de proposer, au lieu d'une grande oeuvre au milieu du hall, une zone
de jeu destinée aux enfants et des espaces de rencontre assez neutres.
L'architecte, discrètement scandalisé, me fit comprendre que
je faisais un contresens. Ses séjours aux Etats Unis, ou il avait étudié
le problème architectural des centres commerciaux, lui avaient appris
qu'il ne fallait surtout pas distraire le consommateur des sollicitations
des boutiques. Tout circuit de circulation devait inévitablement pousser
à acheter, de même que, pour les enfants, les jeux habituels
suffisaient, tels que le cheval, la fusée, qui, moyennant l'introduction
d'une pièce de monnaie, se mettent en mouvement pendant quelques minutes.
Ce qu'on me demandait, c'était de hiérarchiser l'espace, de
le rendre plus attrayant pour que les gens, en s'arrêtant, s'exposent
aux sollicitations de la marchandise. De plus, de tels programmes disposent
de budgets ridicules et se passent aisément d'une collaboration rémunérée
pour lui préférer des aménagements à leur convenance.
Presque toutes mes expériences, planes, en relief, en mouvement, avec lumière, peuvent être élargies et adaptées à des espaces architecturaux. Mais cela ne garantit rien. Ce qui compte, ce sont les circonstances et le contexte ou elles pourraient s'appliquer.
Deux réalisations
En 1983, j'ai réalisé
des oeuvres monumentales. L'une à Fuengirola en Espagne, organisée
à I'initiative d'un groupe de peintres de Malaga, avec le soutien de
la municipalité. L'idée était de transformer la ville
en musée. C'est ainsi que des artistes contemporains couvrirent de
leurs oeuvres plusieurs murs d'immeubles. J'y ai pour ma part réalisé
une peinture murale de 150 mètres carrés. L'autre évènement
auquel j'ai participe à été à I'initiative du
grand sculpteur
colombien Edgar Negret. Il s'agissait de réaliser un parc de sculptures
sur la colline du centre de Medellin. Des artistes latino-américains
ont été invites à venir à Medellin avec leurs
projets. Ils ne disposaient que de quinze jours avant l'inauguration pour
résoudre tous les problèmes techniques de réalisation
et d'installation de leurs oeuvres.
En ce qui me concerne, j'ai réalisé mon projet dans une école de menuiserie équipée d'un immense atelier. Il y avait là, outre toutes sortes de machines, un corps enseignant désireux de m'aider et un grand nombre de jeunes élèves enthousiastes qui se sont identifiés au projet dans une intense relation de travail.
